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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 21:38
Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche

Quelle belle soirée sous les voutes réticulées de l'église du château !

Nous avons entendu d'Arvo Pärt le Kanon Pojakanene ... Tout ça est très mystérieux pour la plupart d'entre nous !

Yves Jaffrès s'est attaché à donner des réponses aux questions que nous n'avions pas encore posées !

Qui est Arvo Pärt ? Un musicien contemporain né en Estonie en 1935. Enfant il joue de plusieurs instruments et il n'a que 9 ans lorsque l’Estonie tombe sous le régime soviétique. Il étudie la musique et se met à composer très jeune. "Son maître à l’esprit très ouvert lui permet de connaître les musiques les plus variées. A l’école de musique de Tallinn qu'il fréquente depuis 1954 il s’approprie la musique sérielle, représentative de la culture occidentale. Il estime que la composition lui donne plus de liberté et s'y adonne totalement à partir de 1957.

Ingénieur du son et auteur de musiques de cinéma (il faut bien manger !) il compose des œuvres pour voix d'enfants et de la musique dodécaphoniste où il triture la gamme dans tous les sens. Mais les soviétiques estiment que cette musique est bourgeoise, décadente et dégénérée, et il se heurte aux refus de la censure. Alors qu'il est mis à l'index dans son pays, en Occident il est très apprécié et estimé.

En 1964 il compose pour Rostropovitch qui lui avait passé commande. A la même époque il compose un Credo qui passe l'épreuve de la censure en l'absence de son pire opposant. L’œuvre fait forte impression, mais Il est mis à l'index. Il se tourne alors vers l'orthodoxie et ne compose plus rien pendant 4 ans.

Au terme de cette période où il a étudié le chant grégorien, la musique médiévale, et les polyphonies de la Renaissance, il crée le style nouveau, qu’il appelle « tintinnabuli", basé sur des mélodies très simples, construites sur des modes anciens et accompagnées par des accords parfaits, tout en utilisant tous les procédés d'écriture des polyphonies anciennes. C’est un changement radical !

Ses compositions ne plaisent toujours pas au pouvoir qui le prie de quitter le pays avec son épouse. En 1980 il passe en Autriche, obtient la nationalité autrichienne un an plus tard. Puis lui et son épouse vivront 30 ans à Berlin. C’est seulement en 2011 qu’ils retrouvent la nationalité estonienne, et reviennent dans leur pays natal. C'est en 1997 qu'il compose le Kanon Pojakanen, canon de repentance à notre Seigneur Jésus Christ.

Yves nous en a fourni la traduction des paroles et il se livre à une analyse de la forme et de l'esprit. Ce texte, datant du 8ème siècle, été reconnu par l’autorité ecclésiastique et fait partie de l’office nocturne de moines pour certaines fêtes.

Arvo Pärt compose sa musicale vocale, en partant des mots et des syllabes de la langue employée : leurs accents déterminent la structure rythmique, d’où un temps lisse, sans les appuis réguliers d’une musique mesurée, avec des plages sonores souvent lentes et parfois des longues notes tenues (bourdons).

La musique qu'il compose ainsi crée un univers hypnotique, issu d'une contemplation de la divinité. L’attitude profonde du croyant de l’orthodoxie n’est-elle pas celle d’un lâcher-prise pour accueillir la transcendance ?

Cette musique hautement spirituelle n'en est pas moins ancrée dans son siècle, car elle n’ignore rien des recherches de la musique moderne, et la démarche toute personnelle de Pärt n’a rien de rétrograde : au contraire elle a un immense pouvoir de séduction, et aussi de résistance aux contradictions du monde contemporain », ce qu’il avait fustigé en écrivant les dissonances insupportables de son Credo, et tout le monde avait compris qu’il s’agissait de l’oppression soviétique !

Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche

En fin de journée sur la belle colline du château nous sommes arrivés à l'église de grès rose, de style gothique flamboyant d'Europe centrale. Sous les trois voûtes réticulées et peintes quelques trésors sont cachés par les gradins installés dans le transept

Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche

A gauche une étrange sculpture a attiré les plus curieux d'entre nous. Une "colonne fléau" attribuée à Hans Witten (vers 1515) est une rare représentation sculptée de la flagellation du Christ.

Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche
Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche
Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche

Les podiums des chanteurs cachent un long chœur qui mérite qu'on en fasse le tour. Jugez-en !

Un autel de bois polychrome daté de 1499 est dédié à Sainte Catherine. Une Vierge à l'enfant occupe la partie centrale, encadrée de deux saintes qu'Isabelle identifie d'après leurs attributs traditionnels ... Excusez-moi, Isabelle, j'ai oublié lesquels et donc l'identité des saint(e)s.

Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche

Plus intéressante encore à mes yeux est la prédelle qui illustre la décapitation de sainte Catherine, sculptée en bois polychrome. Il me semble que de telles prédelles sont rares.

La sainte est à genoux, sa tête nettement tranchée a roulé dans son manteau doré. Sous la roue de supplice plusieurs suppliciés sont enchevêtrés, cadavres qui semblent eux, ne pas avoir résisté ...

Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche

Et enfin trois tableaux sur le mur sont attribués à l'école de Lucas Cranach l'Ancien. Ils sont datés de 1515.

En bas on reconnaît Saint Jacques par son chapeau de pèlerin à coquille. Il va périr par le glaive sur l'ordre d'Hérode.

Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche
Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche

Bon, ce n'est pas parce que nos places nous sont réservées que nous n'allons les rejoindre qu'au dernier moment, il est temps de nous asseoir et de nous concentrer pour le concert.

C'est avec une quasi-ferveur et une attention extrême que l'ensemble des auditeurs a écouté ce canon chanté par le chœur de la radio WDR dirigé par Risto Joost

Les dissonances participent à la plénitude de ce chant évoquant le chant grégorien, Carmina Burana et aussi parfois carrément nouveau. C'est parfait !

Vraiment nous allons garder un très grand souvenir de cette soirée.

Voici ce que Yves Jaffrès nous en a dit : "Cette œuvre terriblement exigeante, 1 h 15 de chant choral, sans le moindre accompagnement instrumental, a été magistralement interprétée par le Choeur de MDR Rundfunk, 60 choristes aux voix superbes, d’une parfaite justesse, et dirigés avec sobriété et efficacité par le chef Risto Joost."

Saoû chante Mozart à Chemnitz - Arvo Pärte à la Schlosskirche

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Saoû chante Mozart
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