Samedi 1 mars 2008
1er mars 2008.
Ushuaïa. Nous sommes à quai à Ushuaïa. Ville riche des rêves, des mythes, des légendes que chacun s'est créé ou a retenus de lectures, de récits, d'émissions de TV. Car Nicolas Hulot est un grand initiateur de légendes. Mais je préfère les récits aussi envoutants qu'effrayants de deux écrivains chiliens, Luis Sepùlveda et Francisco Coloane. D'eux nous tenons que la Terre de Feu est une terre de solitude, le refuge d'exilés et proscrits de toute espèce,  le terrain de luttes exceptionnelles avec une nature hostile (le récit de l'iceberg surmonté de l'effigie glacée d'un indien lance à la main qui effrayait les pêcheurs des canaux fuégiens me glace encore le dos  ...), et le souvenir de la chasse à la baleine, et aussi celui du pénitencier qui fut pendant plusieurs décennies l'activité principale de cette bourgade extèmement australe ... Le service de Costa est plutôt bien : j'ai trouvé dans la bibliothèque du Victoria, parmi les livres en français le recueil de nouvelles "Cap Horn" de Coloane. Excellent pour rafraichir la mémoire (comprenez ce mot comme vous voulez ).
Donc nous sommes à Ushuaïa en cet été finissant de 2008. Et une grande ville en amphithéatre s'élève depuis le port vers les montagnes qui l'entourent, telles un écrin. Le soleil illumine les couleurs des bâtiments et fait scintiller les glaciers des sommets. Nous pouvons lire sur un grand mur "Ushuaïa, fin del Mundo". Nous nous apercevrons un peu plus tard que c'est le mur de l'ancien bagne, fermé en 1947.
Une fois à terre nous découvrons une ville qui ressemble beaucoup à une station de sport d'hiver à la mode ! Restaurants, bars, boutiques à touristes, boutiques de sports, beaux magasins offrant des produits typiquement argentins (car nous sommes revenus en Argentine, juste à quelques encablures à l'ouest de Ushuaïa) : cuir, argent et bois.
C'est un vrai choc de remise en place de tous les clichés que nous avions accumulés.

Mais pour le moment l'excursion que nous avons choisie va nous mener dans les eaux du Canal Beagle puis dans le Parc National de la Terre de Feu.
La température de l'eau du chenal est constamment de 7° toute l'année. Il n'y gèle pas et c'est donc un endroit de passage privilégié et protégé de l'Atlantique au Pacifique plutôt que le passage par le cap Horn. Les eaux sont très riches en kril ce qui favorise le maintien d'une faune très riche
Nous nous dirigeons en catamaran à l'est vers le phare des Eclaireurs, ainsi baptisé par un explorateur français, Louis Ferdinand Martial qui a aussi laissé son nom à une baie et à un glacier. nous avons sous les yeux une magnifique vallée glaciaire, partiellemnt inondée, entourée des derniers plissements de la Cordillère des Andes, argentins au nord, chiliens au sud (il y a encore quelques problèmes frontaliers entre les deux pays).
Le vol de pétrels géants, cormorans de Magellan, sternes (ou hirondelles de mer) en pêche, accompagne notre embarcationjusqu'au phare. Les récifs blanchis par les bons soins des cormorans et qui affleurent autour du phare furent à l'origine de nombreux naufrages. Quelques îlots sont partagés entre les lions de mer et les oiseaux.
L'équipage en fait longuement le tour, par babord, par tribord, on s'éloigne, on revient, on va à l'îlot suivant : nous pouvons tout à loisir admirer ces mammifères marins. Les gros mâles (400kg) veillent jalousement leurs harems qui peuvent comprendre une dizaine de femelles (de 150 kg) et évacuent énergiquement les rivaux potentiels. Des tout jeunes se font caliner par les mères (gestation de 11 mois et allaitement de 1 an).
Retour vers l'ouest pour atteindre la Baie de la Bataille, bien audelà d'Ushaïa et le Parc National de la Terre de Feu. Un couple d'oies sauvages, les caiquens qui ont failli disparaître car un peu trop convoitées par les chasseurs, nous attend à l'embarcadère. Quelques centaines de mètres avant de rejoindre le car en stationnement au point ultime de la Transamerica, route  légendaire de 17000 km, nous permettent de voir le résultat du travail des castors introduits par l'homme. Il faut ici 80 ans à un arbre pour  atteindre sa taille adulte, alors les castors ont détruit la plus grande partie de la forêt. Ils sont maintenant chassés ...
Ces arbres sont surtout des faux hêtres dont l'écorce se ride avec les ans. Quelques noeuds dans l'écorce les font utilisér pour leur aspect décoratif ! On peut trouver, outre des castors, des renards roux, des loutres de mer, des rats musqués et des lapins introduits par l'homme. Cette nature sauvage est protégée du feu : il n'y a pas d'orage en terre de feu, mais il y pleut presque tous les jours. Beaucoup de lichens témoignent de la bonne qualité de l'environnement (la pollution les détruit). Des caranchos, rapaces charognards cherchent pitance au bord de la route. Je les trouverais presque beaux si je ne me rappellais une des nouvelles de Coloane : en hiver, dans la montagne pendant une tempête, ils choisissent un mouton un peu faible, lui piquent les yeux jusqu'à le rendre aveugle et fou, et dirigent ensuite sa marche jusqu'à un précipice dans lequel il se jettera. Et ils pourront enfin satisfaire leur faim ! Et pendant tout ce drame, le berger dans son abri entend les bêlements du mouton qui appelle secours en vain ... Nous ne sommes pas dans le même monde ?
Nous arrivons au centre de touristes du Parc National. Buffet, bar, galerie de peinture pour artistes locaux, et boutique pour touristes : de la carte postale au somptueux vêtement en laine polaire avec un manchot royal brodé dans le dos ! Et la superbe Laguna Verde en toile de fond. Les randonneurs et les campeurs sont nombreux dans le parc. Un peu plus loin le Lago Roca du nom du Président qui fut à l'origine du tracé définitif des frontières.
Nous sommes à 3050 km de Buenos Aires par un beau jour d'été ensoleillé. Le monde autour de nous est superbe et accueillant. Belle journée.



 
par Camille et Pierrette publié dans : Amérique du Sud
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Vendredi 29 février 2008

Vendredi 29 Février 2008


C'est une journée de navigation pompeusement qualifiée de "Plaisir en mer" que nous avait prévue notre contrat de voyage. Mais le Today du jour nous annonce trois heures de navigation touristique dans la Baie Agostini ...

Nous nous réveillons à 7H20 dans une atmosphère feutrée qui nous intrigue : notre fenêtre est remplie de montagnes acérées et de glaciers. Quelle surprise ! Nous sommes dans un fjord où le navire semble avancer au ralenti. Fabuleux !

Nous enfilons nos vêtements chauds pour aller sur le pont 14 d’où nous espérons avoir une vue panoramique.
Le soleil se lève. Des cris d’oiseaux. La couleur bleue de la glace. La forêt qui recouvre les pentes en face. Le ciel trop gris, les nuages le couvre et au loin à l'ouest les rayons de soleil ont du mal à se frayer un chemin par dessous.

Jusqu’à 9 heures, à raison d’une vitesse de 2 Kn nous avons remonté le fjord Agostini, avec à gauche le glacier Cerano et à droite le glacier Agostini. Maintenant demi tour, et nous allons rejoindre le link canal Cockburn qui nous permettra d’atteindre le Pacifique vers 18H30, puis le canal de Beagle. 

Le glacier Agostini est vraiment beaucoup plus important que le glacier Cerano qui, lui est entouré de beaucoup plus de pointes acérées. Du moins c’est ce que l’on voit du fjord. Mais nous savons qu’une fois les sommets atteints le paysage peut changer du tout au tout ! Nous n’irons pas vérifier sur place …. ces sommets sont très peu fréquentés, allez vérifier sur link

Il pleut mais nous sommes revenus à l’abri sur notre balcon et tout justifie maintenant le choix de cette cabine : la beauté du paysage, l’abri et la tranquillité …

Pour le moment nous avons installé nos deux fauteuils et admirons, avec et sans jumelles, le paysage qui défile sous nos yeux.

Nous sommes de temps en temps entourés de glace. Ce ne sont pas des icebergs, seulement des glaçons ! Pas de fantasme du Titanic !

La température est de 12° et le vent souffle à 40 KmH, la vitesse de navigation 15,5 Kn (31 KmH), sous une latitude de 55°. Nous avons quitté le détroit de Magellan qui remonte vers le nord et la côte ouest du Chili pour pénétrer dans le labyrinthe de la région du sud du continent américain : dédale de canaux, chapellets d'îles, fjords, péninsules, baies, plages aux noms évocateurs : "Bahia Desolada", "Bahia Broken", "Paso Adventure" . La carte de la Patagonie est encore de sortie. Quel imbroglio ! Pas surprenant qu'on ne puisse naviguer ici sans pilote, surtout avec un bâtiment de la taille du Victoria. 

La navigation se poursuivit par le canal Magdalena puis le Canal Cockburn jusqu'au Pacifique. Des îlots, des îles, encore des îles ... et la Bahia Desolata que nous traversons avant de rejoindre le canal Ballenero. Et alors nous avons une annonce : "l'avance ayant été plus rapide que prévue, nous allons pouvoir poursuivre en navigation touristique le long de la partie Noreste du canal Beagle et des glaciers de la Cordillera Darwin" .

Foule sur les ponts 12 et 14, à babord. Nous admirons le défilé de quelques uns des célèbres glaciers chiliens qui dévalent de la chaîne la plus australe de la Cordillère des Andes jusque dans les eaux des différentes bras du Canal de Beagle (qui ne fut découvert que vers la moitié du 19ème siècle).  Ils portent des noms exotiques pour cet endroit : Allemagne, France, Espagne , Italie et enfin Hollande ! Une hôtesse nous les présente et l'équipage les salue de quelques coups de sirène. Le France fut honoré de trois sifflements déchirants et l'Italie fut même salué par André Bocelli et son émollient "Con te partiro" !
Quelques écroulements de glace dans l'eau , le bleu profond des glaciers, la couleur verte de l'eau, des toninas qui sautent ici et là autour du navire ( ils sont tout petits les dauphins de la région des Magallanes), tout est tellement beau que nous en aurions quelques larmes aux yeux.

Journée magnifique et pour nous tout à fait inattendue : nous n'avions pas assez potassé notre voyage pour savoir que nous longerions un des plus grands champs de glaciers du monde. Plus de regrets de n'avoir pas vus ceux du Lago Argentino et le parc des Torres de Paines !

Et il est presque l'heure de diner quand ça prend fin. Et dernière surprise du jour : lorsque nous rejoignons notre cabine le soir, nous avons une côte qui scintille de lumières au loin sous les yeux. Pas de doute, nous avons atteint Ushuaïa où nous n'aurions du aborder que demain vers 10H !

par Camille et Pierrette publié dans : Amérique du Sud
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Jeudi 28 février 2008
28 Février 2008

Aujourd'hui sera encore une belle journée nature. L'excursion à l'île de la Magdalena doit nous permettre de voir beaucoup de petits manchots de Magallanes, ceux qui ont une tache rose autour des yeux, la gorge noire et des alternances de noir et de blanc sur la poitrine. Ils sont les plus nombreux en Amérique du Sud, et  la population ici est estimée à 62 000.
Cette île déclarée "patrimoine forestier de la 12ème région de Magellan et de l'Antartique chilien" est un "monument naturel" dédié à ces oiseaux. A 40 km de Punta Artenas, au milieu du détroit, à 16 km des côtes, l'accès par ferry va prendre du temps ! Nous devons partir vers 7h30 pour revenir dans l'après-midi.
Pendant les deux heures que dure la traversée nous avons tout notre temps pour regarder les oiseaux qui pêchent dans le détroit, essayons de voir quelques petits dauphins appelés ici "toninas", en vain. Et nous nous sentons un peu loin de l'esprit des grands navigateurs tels que Sir Francis Drake ou Charles Darwin qui ont beaucoup fréquenté ces eaux ...

De loin nous apercevons le phare qui domine l'île, puis la silhouette d'un autre bateau qui a déjà déposé son quota de touristes.
Beaucoup d'oiseaux volent autour de l'île que les manchots partagent donc avec d'autres espèces parmi lesquelles des cormorans impériaux, ceux des Malouines et ceux du détroit de Magellan, des goelands communs ou autrals (?). L'espèce "touristes" est sévèrement priée de rester dans ses strictes limites marquées par un chemin longé d'un fil : chacun a sa place. Mais quelques manchots téméraires ont presque creusé leurs terriers dans ce chemin, ou si près qu'il
s'effrite sous tant de pas.
Il y a quantité de manchots partout  autour de nous. Et ici ou là quelques goélands, grands nettoyeurs des mers qui doivent aussi apprécier de "nettoyer" ce lieu de nidification de tout poussin sans surveillance ou de tout oiseau un peu faible. Ils semblent faire un cordon assez serré le long de la plage. Comment ça se passe au moment où les manchots vont à la pêche ? Pas de réponse, ce n'est pas la bonne heure.

A cette période de l'année les poussins sont déjà grands, mais leur plumage d'adulte imperméable n'est pas constitué, ils sont encore couverts de duvet qui ne leur permet pas d'aller à l'eau (t° d'à peine 10° dans le détroit).
Calins avec les parents, promenades, baisers d'amour et cour amoureuse. Nous avons sous nos yeux de voyeurs un bien beau spectacle.
Nous n'avons pas le temps de parcourir tout le sentier, et n'arrivons que jusqu'au phare. Trop tard pour aller de l'autre côté de l'île où il y a si peu de promeneurs, et aussi une densité bien moindre de manchots.
Un groupe de quatre manchots nous raccompagne le long de la plage jusqu'à l'embarcadère comme des maîtres de maison raccompagnent leurs invités en fin de visite. Magnifique non ?

Il semble que nous ayons une particularité française là encore, et que nous soyons les seuls à faire la distiction entre les manchots et les pingouins. Ce que Céline ne rate jamais de nous rappeler si nous l'oublions ! Elle nous recommande de consulter le site suivant  très interessant link



par Camille et Pierrette publié dans : Amérique du Sud
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