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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 17:57

Pas facile de parler d'Ephèse, point d'orgue des visites de la côte égéenne turque. chacun y arrive avec des images plein la tête, celles de la bibliothèque de Celsius et du théâtre en bonne position. Et voici que notre deuxième visite a enrichi et précisé nos impressions sur un site qui évolue tous les jours ...

Bon, faisons comme si nous étions dans un groupe de voyageurs de l'Antiquité tardive ... Notre bateau serait amarré dans le port, nous aurions débarqué, serions passés par un des nombreux thermes que l'on peut trouver à chaque entrée de la ville, et par la voie Arcadiane, en regardant les marchandises proposées par les riches boutiques nous entrerions dans cette ville relativement nouvelle, aux équipements somptueux, tel le théâtre juste au bout de la rue.Ephèse 04

Car Lysimaque au 3ème siècle av JC, successeur d'Alexandre le Grand abandonna l'emplacement qu'elle occupait depuis le 3ème millénaire pour la reconstruire deux kilomètres au sud, entre les monts Pion et Coressos, tout près du port.

Grâce à cette nouvelle situation, dotée d'un port moderne, au carrefour des voies maritimes et des routes d'Asie elle est un acteur privilégié du commerce entre l'Orient et l'Occident. Porcelaine, soie, épices venant de Chine, minerais d'Occident, et produits agricoles de la région emplissent les entrepots. Elle s'est dotée d'un éclairage public dès le 6ème siècle, tout comme Rome et Antioche. Avec ses 200 000 habitants, ses riches monuments et ses fêtes fastueuses elle est la deuxième ville d'Asie Mineure après Alexandrie. Ses banques sont réputées et riches, et le temple d'Artémis est une des plus connues (oui, oui, banque).

Au grand théâtre dont les sièges sont tous recouverts de marbre nous serions 24 000 personnes à assister à des spectacles (nous avons entendu que la voix porte encore fantastiquement bien, alors avec un mur de scène à trois étages ...), à des combats de gladiateurs ou à des fêtes célèbres dans tout le bassin méditérranéen. Il a été construit à l'époque hellénistique et refait suivant les canons romains aux 1er et 2ème siècles. C'est un des plus grands théâtres du bassin méditerranéen.

Nous aurions pu nous arrêter au gymnase, juste à gauche de la voie Arcadiane, où s'entrainaient sûrement quelques gladiateurs,Ephèse 03

mais nous aurions préféré emprunter la rue de Marbre vers la bibliothèque, en passant à l'abri du soleil, sous les portiques soutenus par des colonnades. Le passage est surélevée de deux mètres du côté de l'agora et le soubassement est décoré de bas-reliefs.Ephèse 05Au bout de cette rue nous aurions eu le choix entre des divertissements très différents : à notre droite la bibliothèque de Celsius, à notre gauche la Maison de Plaisirs ...Ephèse 08OK pour la bibliothèque ! Gaius Julius Aquila fit construire en 117 un monument funéraire pour son père, proconsul de la province d'Asie. Mais comme il n'était pas possible de mettre un tombeau en pleine ville, ce monument fut transformé en bibliothèque, et le sarcophage déposé dans une crypte en dessous où il fut retrouvé en 1904. Nous aurions circulé dans la salle de lecture qui occupait toute la hauteur de l'édifice par des galeries de bois permettant d'atteindre les 12 000 rouleaux conservés dans des armoires en bois ... Beaucoup de bois, il paraît que c'est  le feu qui la détruisit. Après la lecture un peu de shopping ... comment disait-on en latin ?

Juste à droite la porte de Mazeus et de Mithridate fut édifiée par deux esclaves affranchis par l'empereur Auguste. Ephèse 09Triple arc de triomphe elle donne accès à l'agora commerciale, vaste espace bordé de galeries marchandes sous des portiques dont les colonnes sont bien alignées. Nous y aurions trouvé des produits alimentaires et artisanaux venus de tout l'empire romain.

Nous avions laissé quelques personnes à la maison de plaisirs ? Nous les y aurions retrouvées eti fait le tour de ce quartier qui avait été restauré au 4ème siècle par Scholastikia, une riche Ephésienne à qui une statue a été dressée.Ephèse 13L'ensemble comprend les thermes monumentaux qui portent son nom, en dessous les latrines publiques aux bancs de marbres disposés autour d'une cour où l'on pouvait aussi s'entretenir avec ses voisins et pourquoi pas discuter de l'avenir de la ville, et enfin encore plus bas en suivant la pente de la rue la maison de plaisir.Ephèse 06Elle a été ainsi dénommée parce que les archéologues y ont trouvé une statuette de Priape, divinité des jardins et de la vigueur génératrice. Avec un énorme sexe en érection ils ont supposé que ce dieu ne pouvait veiller que sur un lupanar !

Un passage souterrain reliait cette maison à la bibliothèque de Celsius ; finalement on n'avait qu'à choisir par où débuter les plaisirs !

Ensuite nous serions arrivés au carrefour de la rue de Marbre et de la rue des Courètes (prêtres chargés du culte d'Artémis). Ephèse 02Ephèse 01

La porte d'Adrien donne accès à un quartier résidentiel de maisons patriciennes,  en terrasse. Elles sont protégées par un immense bâtiment en bardage d'où sortent des bruits de machines : on y travaille, on restaure. Dommage que je n'aie pas compris qu'on peut aussi visiter. Des murs couverts de fresques, des sols revêtus de mosaïques sont visibles depuis des passerelles parcourant les six maisons complètement dégagées. Ne soyez pas rebutés par cette protection très laide qu'on voit depuis des lieues à la ronde, entrez !

La plupart des endroits sont pourvus de panneaux explicatifs qui mentionnent l'emplacement dans la ville, l'image d'une reconstitution du monument et une photo de l'endroit avant que les travaux de restauration soient entrepris. Ils sont écrits en turc, en anglais et en allemand, les archéologues qui travaillent depuis 1895 sur le site d'Ephèse sont autrichiens. Ces tableaux complètent bien la visite et le commentaire toujours rapide de Jak.

A côté de la porte d'Adrien il y a le temple d'Adrien, et aussi une des rares tombes dans la ville. Encore plus extraordinaire, celle-ci est la tombe d'une femme. Les progrès de l'archéologie étant considérables, et les chercheurs très intéressés par les mystères qui entouraient ce sarcophage sont arrivés à une hypothèse très solide : ce serait la tombe de la princesse Arsinoé IV, jeune soeur de Cléopatre qu'elle aurait fait assassiner, comme toute sa famille.

Reprenons notre visite antique. Ephèse 10
Nous aurions gravi la rue des Courètes, un peu moins fréquentée avec l'heure qui avancerait. C'est le troisième grand axe de la ville, avec la voie Arcadiane et la rue de Marbre.Ephèse 16 Tout le long des statues de grands personnages politiques et de bienfaiteurs de la ville sont juchées sur des socles remis à leur place.Ephèse 12

Le sol des portiques est décoré de mosaïques. De part et d'autres des boutiques luxueuses et des édifices publics au nom d'empereurs morts et divinisés.

Voici le Nymphée de Trajan, fontaine monumentale élevée en l'hooneur de l'empereur. Ephèse 14Ce que nous en voyons après restauration ne laisse pas deviner sa grandeur originale. Vive le tableau explicatif !Ephèse 15Cette image me rappelle beaucoup la fontaine grandiose que nous avons vue à Sidé en novembre 2012.

Et nous serions arrivés à la porte d'Héraclès, Hercule en français, où le héros des douze travaux est revêtu de la peau du lion de Nemée.Ephèse 07Un peu plus long nous aurions rencontré sur une place une fontaine ornementale dont le bassin est surmonté de quatre colonnes et le monument de Memmius dont la restauration n'est pas très glamour.

C'est ainsi que nous serions arrivés dans la ville haute, là où se traitait tout ce qui concernait l'administration de la ville.

Le bouleutérion ou odéon en est son plus beau monument. En forme de théâtre il est le lieu où se réunissent les deux assemblées de la ville dont les 300 membres prenaient place sur les gradins.Ephèse 17Devant l'agora d'état est entourée de nombreux équipements assez mal conservés : des temples, le prytanée (hôtel de ville), la basilique du marché, les thermes de Pollio, ceux de Varius à proches de la porte de Magnésie, l'entrée orientale de la ville.

Nous aurions donc traversé la ville, comme les visiteurs du 21ème siècle traversent le site. Et j'ajoute que, un peu à l'écart du flot des tourites venus du monde entier des archéologues, souvent autrichiens, continuent à s'affairer. On voit des fils qui courent, des grues de bois antiques qui tournent, des ponceuses qui décapent. Ce vaste chantier ressemble par endroits à un capharnaüm, et ça me plait beaucoup de penser que des chercheurs se consacrent à arracher aux morceaux de pierre et aux oeuvres d'art retrouvés leur histoire et celle des hommes.Ephèse 11Une dernière image du théâtre avant d'en finir avec Ephèse l'antique !Ephese.jpg

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Moyen Orient
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