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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 13:47

Nous avons évoqué les vents locaux lors d'une randonnée d'avril 2011 à Dieulefit, le Solaure de Saillans et le Pontias de Nyons.

Et ce mercredi un verre de vin baptisé Pontias produit par la Coopérative de Nyons, en mains et bientôt en bouche monsieur le Maire, Pierre Combes m'a raconté la belle légende du Pontias, ce doux vent qui ne souffle que le matin sur Nyons et contribue à en rendre le climat très agréable.

La voici telle que je l'ai retrouvée sur le site officiel de la mairie :

 

Cette légende locale répond à une quête historique qui cherche à donner une explication irrationnelle à un phénomène climatique local : « Le Pontias », vent du nord dont le souffle matinal purifie l’atmosphère et rafraîchit les chaudes matinées d’été. Le Pontias est l’un des facteurs climatiques qui a permis l’installation de la clinique Atrir, spécialisée dans le traitement des voies respiratoires et donne à la ville une qualité de vie qui attire touristes et nouveaux résidents.

Le Semeur de vent

« Pris de compassion devant la mine désolée des habitants de Nyons, dont les champs ressemblaient à un désert aride, dont les âmes, les chiens et les nouveau-nés mouraient comme des mouches, dont les ruisseaux et la rivière avaient cessé de chanter, dont les puits n’étaient plus que des gouffres sans fond, Césaire, que l’on qualifiait de saint homme depuis qu’il avait accompli quelques prodiges de bonté, décida de prendre les choses en main.
Il s’en fut d’abord constater sur place les dégâts et, pris lui-même de malaise dans la fournaise infernale qu’était devenue la vallée, il s’en fut par les routes et les sentiers à la recherche d’un souffle frais.
Il marcha longtemps, les vêtements trempés de sueur, les pieds gonflés de fatigue et couverts de la poussière des chemins. Ses pas le conduisirent enfin en un lieu tout planté de résineux. Etait-ce la présence des arbres ? Il s’y sentit bien comme par un matin d’avril. En s’asseyant sur une racine affleurant du sol, Césaire comprit que l’ombre n’était pas seule responsable du bien-être qui l’envahissait. Un vent léger serpentait entre les troncs, faisant vibrer les branches comme les cordes d’un instrument de musique…

Alors, le voyageur réalisa qu’il était parvenu au bout de son errance. Écoutant la mélodie qui tanguait et enflait autour de lui, il murmura :
- Comme la chanson de cette brise est douce ! On dirait celle d’une cithare…
Ses paroles s’envolèrent sur un tourbillon d’aiguilles de pin dans un fin rayon de soleil. Et il sembla lire en elles le nom de cet endroit magique : Citharista. Puis les lettres du mot dansèrent, montant au ciel à travers les brindilles et redescendant en piqué comme une escadrille d’abeilles. Elles valsèrent un moment, avant d’atterrir doucement sur un monticule de sable, où elles s’éparpillèrent, se mélangèrent et s’assemblèrent en un nouveau nom déformé : Ceyreste. Césaire eut à peine le temps de le prononcer, qu’elles s’effacèrent soudain, dans le souffle venu de la mer toute proche.
Afin de ne pas les laisser disparaître à tout jamais, le voyageur retira l’un de ses gants et tenta de les y récupérer. Le vent s’engouffra dans l’étui de peau, et Césaire, aussitôt, le referma et le lia avec un lacet de cuir.
Bien qu’il eût beaucoup de peine à repartir de cet endroit idyllique, il se remit en marche en direction de Nyons. La route était longue et il craignait que la sécheresse persistante n’eût décimé tous les habitants. Aussi, afin d’y retourner plus vite, tenta-t-il d’arrêter sur la route un charretier qui passait par là, transportant des bottes de foin :
- Brave homme, emmène-moi dans ta carriole avant que ne meurent les gens à qui je dois ramener ce gant.
- Qu’y a-t-il dans ce gant ? demanda le charretier.
- De la graine de vent.
- Du vent ? Tu te moques de moi…Puisque c’est comme ça, je ne te prendrai ni sur le banc à côté de moi ni sur mes bottes de foin.
Et le bonhomme s’éloigna.
Un peu plus loin, Césaire croisa un cavalier et le pria de l’emmener :
- Brave homme, emportez-moi en croupe sur votre cheval avant que ne meurent les gens à qui je dois ramener ce gant.
- Et qu’y a-t-il dans ce gant ?
- De la graine de vent.
- Du vent ? Tu te moques de moi…Ce gant doit contenir des pièces d’or et bien d’autres choses précieuses. Donne-le-moi, si tu veux que je t’emmène.
Et devant le refus de Césaire, le cavalier partit au grand galop.
Avant de reprendre sa route, le voyageur ôta son autre gant, le remplit de pierres et le mit dans sa poche. Un peu plus loin, il croisa un garçon, monté sur une mule. Et il lui demanda :
- Brave homme, peux-tu m’emmener sur ta mule avant que ne meurent les gens à qui je dois rapporter ce gant ?
- Et qu’y a-t-il dans ce gant ?
- De la graine de vent.
Le garçon éclata de rire en brandissant un couteau :
- Du vent. Je ne te crois pas. Ce gant est tout gonflé de ducats.
Donne-le-moi !
Aussitôt, Césaire sortit de sa poche le second de ses gants et le tendit au brigand en disant :
- Regarde : mon premier gant est peut être gonflé mais il est tout léger, léger…Prends plutôt celui-là, il est vraiment lourd de ducats, de bijoux et de pierres précieuses…
Méfiant, le garçon descendit de sa monture afin de s’emparer du gant de cailloux et de la soupeser. Césaire en profita pour sauter sur la mule et pour s’en aller, portant son gant empli de graine de vent.
Quand il arriva enfin à Nyons, la ville se trouvait dans un état de désolation indescriptible. Les rares habitants qui avaient survécu à la canicule vinrent à sa rencontre et lui demandèrent :
- Alors ? Tu nous as ramené du vent ?
- Le voici, répondit le voyageur en montrant son gant.
La bouche desséchée, les yeux exorbités, les gens eurent encore la force de se mettre en colère :
- Tu te moques de nous ? À supposer que tu aies réussi à y emprisonner le moindre souffle d’air, ce gant contient à peine de quoi donner une bouffée à un petit enfant. Tu nous a trahis, va-t’en !
- Très bien, répondit Césaire en jetant son gant contre un rocher brûlant sous le soleil torride.
Il n’eut pas plus tôt accompli son geste que la pierre se fendit en un craquement gigantesque. Des profondeurs du sol monta alors un souffle frais, fleurant bon la terre mouillée par des eaux obscures. Ce vent tout neuf s’élança en volutes dans la vallée, effleura la rivière sans la traverser, lui redonnant sa mélodie, longea les murs de la ville en rafraîchissant leurs pierres, s’engouffra dans ses ruelles, redonnant vie aux chiens et aux nourrissons ainsi qu’aux ânes dans les prés, faisant à nouveau chanter les ruisseaux et clapoter le fond des puits…
Avant de s’en aller, Césaire baptisa ce vent le pontias. Et c’est toujours ce vent qui ne cesse de souffler, dans cette vallée, sans se réchauffer, ni en hiver ni en été, ni tiède ni froid, mais toujours là, comme si la mer se trouvait juste à côté. »

Reprise de l’adaptation de Claude Clément avec son autorisation.
Contes de Provences – Claude Clément – Milan Jeunesse 2009"


 

 

Pierre Combes m'a ajouté que lors de travaux de sécurisation de la bouche par laquelle le Pontias sortirait de terre, la décision a été prise de ne la fermer que par une grille et surtout pas par une porte d'acier pleine de crainte que ça ne change quelque chose dans le climat de Nyons ou que ça n'irrite les Nyonsais qui tiennent à leur légende !

 

Le Pontias de la cave coopérative de Nyons est le résultat d'un assemblage de grenache et syrah produits sur les territoires de Mirabel et Piégon. Puissant, capiteux, haut en goûts et parfums, il fait de l'ombre au grenache goûté après et qui m'a semblé alors un peu terne ...

"Légende locale du Pontias Imprimer

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Randonnées
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