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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 06:16

frise121127Nous quittons notre hôtel d'Ürgüp à 7 heures pour retourner à Antalya. Cette nuit les pelouses ont été blanchies par la gelée. Des montgolfières survolent la vallée ... Voici quelques plissements plongeant dans des gorges et les dernières cheminées de fées avant de rejoindre la grande route, celle qui relie les nombreuses villes industrielles aux ports, et les centres touristiques aux aéroports ...

Le tourisme de masse est une industrie récente, mais le besoin de circuler remonte à la nuit des temps. Et la construction de routes à l'origine de l'Homme. D'abord le cueilleur-chasseur pour fuir la famine, puis le sédentarisé pour conquérir de nouveaux espaces, de nouveaux approvisionnements et commercer avec ses voisins ...

Les Hittites puis les Assyriens avaient tracé des routes commerciales entre Anatolie et Mésopotamie. Au 5ème siècle av JC Hérodote décrivit l'organisation des relais et de la sécurité sur la première route perse en Anatolie du temps de Darius Ier. Les Romains développèrent le réseau à des fins militaires, commerciales et postales (un courrier pouvait parcourir 800 km en 24 heures !).

Mais au début du 2ème millénaire l'empire byzantin affaibli eut du mal à assurer l'intégrité de son territoire attaqué par les Turcs seldjoukides venus d'Asie. Ils s'emparèrent de l'Anatolie, véritable pont entre l'Orient et l'Occident, et firent de Konya, au centre, leur capitale.

 

Afin de renforcer leur prestige et d'enrichir le pays, les Seldjoukides prirent des dispositions pour développer l'éducation, organiser les confréries artisanales, restaurer les ponts et les routes abîmés pendant les croisades, favoriser et accélérer les transactions commerciales.

Ils instituèrent un système de dédommagement des pertes subies par les marchands en cas de vol ou de naufrage : les indemnités étaient versées par les populations les plus proches. Les habitants des lieux sans problèmes étaient exemptés d'impôts. Ainsi l'itinéraire de la Route de la Soie en Anatolie devint si sûr que le grand voyageur ottoman du 17ème siècle Evliya Celebi écrivit dans ses cahiers qu'il n'arrivait rien entre Izmir et Van à celui qui portait un plateau chargé d'or sur la tête !

D'immenses caravanes constituées de 2 à 3 000 voyageurs accompagnés de chameaux porteurs de milliers de tonnes de marchandises, soie, porcelaine, papier, épices et pierres précieuses gagnaient en 10 mois depuis la Chine les steppes anatoliennes, par petits groupes de 15 à 20 animaux. Ils avaient besoin de nombreux services tout au long de ce parcours.

Pour y répondre les sultans, les vizirs ou les communautés construisirent les caravansérails (palais des caravanes).rd121127 10Lorsque nous sommes arrivés à Sultanhani c'était au moins le troisième que nous croisions ce matin ! Ils étaient distants de 20 à 40 kilomètres, plus ou moins grands et plus ou moins luxueux. Ils ont eu du mal à traverser les siècles après avoir été abandonnés à la suite de la découverte de voies maritimes et à la diminution des échanges Orient-Occident depuis que de la soie était produite en Europe. Ils ont servi de carrières et enfin quelques tremblements de terre ont fini de les malmener. Mais ils sont maintenant restaurés, transformés en hôtels de luxe ou en étapes confortables sur la longue route. Nous nous étions arrêtés pour nous détendre et prendre un café à Öresinhan qui doit revenir de loin à en juger par les photos que j'ai trouvées sur un site spécialisé rédigé en partie au début du siècle !

Nous avons donc visité le splendide caravansérail de Sultanhani,  le plus grand  de Cappadoce. Construit en 1229, restauré et agrandi en 1278 après un incendie, il veut montrer le faste des Seldjoukides.rd121127 03Forteresse aux murs très épais quasiment aveugles, muni de tours de guet, son grand portail de marbre est très richement décoré de stalactites, palmettes, fleurs de lotus, poissons, animaux et entrelacs.

rd121127 06rd121127 05

C'est la seule entrée qui permet d'accéder à une grande cour où les animaux sont parqués pendant l'été. Au milieu de la cour le kiosque élevé sur quatre gros piliers est une mosquée.rd121127 04A l'est un ensemble de hautes pièces comprenaient des hammams, des salles à manger, des salons, des dortoirs et quelques appartements pour les plus riches voyageurs. Les caravaniers accueillis étaient nourris pendant trois jours gratuitement avec leur équipage. Au-delà ils pouvaient préparer eux-mêmes leurs repas grâce au matériel avec lequel ils voyageaient en général, et les provisions trouvées sur place. Ils pouvaient également trouver là un restaurateur, un médecin, un maréchal-ferrant, un coiffeur, un cordonnier, un dentiste, un vétérinaire, un postier, des magasiniers ...

La porte de fer close, lors des soirées passées autour d'un feu chacun y allait de son récit, de ses réflexions et ainsi les courants intellectuels, religieux, philosophiques, artistiques voyageaient aussi sûrement que les marchandises ; et les épidémies aussi. Le séjour pouvait se prolonger pour nouer des relations commerciales, échanger les produits venus d'Orient contre l'argent, le bois, les pierres précieuses et les objets de verre occidentaux.

Les nuits d'été se passaient sur les toits plats des bâtiments autour de la cour, alors qu'en hiver tout était entassé (personnes, animaux et marchandises) rd121127 07dans le grand bâtiment du fond. La porte est un peu moins décorée que celle de l'entrée, mais enfin elle reste très élégante. Et après l'avoir franchi on découvre une cathédrale ou presque : cinq nefs voûtées en berceau, séparées par d'énormes piliers carrés, une tour lanterne à coupole sur trompe au centre.

rd121127 12rd121127 13C'est très très impressionnant ! Imaginons ce volume occupé par des centaines d'animaux, d'hommes et de femmes, de marchandises ... Pas une ouverture à part les lucarnes de la coupole et du fond (j'ai failli écrire choeur) et la grande porte. Ca devait être haut en couleurs, en bruits et en odeurs !

Incroyablement différent des caravansérails que nous avions vus jusqu'à présent, que ce soit à Bucarest la grande auberge de Manuc ou dans la région de Kusadasi dont j'ai gardé le souvenir de bâtiments beaucoup plus petits, en cercle (c'était avant les photos numériques, et nous ne gardions pas le souvenir de tout). Quelle belle visite !

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Moyen Orient
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commentaires

Nanounita 08/01/2013 16:00

Je viens de lire, avec intérêt, votre récit e voyage en Cappadoce. J'ai également fait ce voyage en 2011 et j'en garde un excellent souvenir. Je suis en train de rédiger , sur mon blog,quelques
articles dont un sur Sultan Hani.
Merci du partage