Vendredi 14 décembre 2007
Ce matin nous allons visiter un monastère orthodoxe à l’ouest de Cluj-Napoka, célèbre pour sa petite église en bois de 1552, mais surtout pour
son icône de verre de la Vierge Marie qui, en 1699 se mit à pleurer pendant 26 jours. Elle est l’objet de vénération, et les pèlerins viennent l’honorer par centaines de milliers tous les 15
août.

Nous avons changé de guide, et c’est une toute jeune femme qui nous accompagne ce matin. Roxane n’a que 23 ans, parle un français irréprochable,
et est avant tout professeur de suédois à l’université de Cluj. Mais comme beaucoup d’autres, elle a plusieurs jobs pour subvenir à ses besoins. Nous nous rendons vite compte que son jeune âge est
un avantage considérable pour nous : elle n’avait que 4 ans lors de la révolution, et a été éduquée et formée à une toute autre école que Lydia qui devait avoir une quarantaine d’années. Son
discours est clair, et elle dit ouvertement ce qu’elle pense. Pour ça elle est allée à bonne école puisque son père, philosophe, a toujours refusé d’entrer dans les rangs du parti, et a préféré se
faire enfermer dans un hôpital psychiatrique pour problèmes mentaux plutôt que de rentrer dans le moule communiste.
Et la route pour nous rendre jusqu’au village de Nicula nous semble bien courte alors qu’elle répond à nos questions ou nous raconte quelques
traditions de la vie roumaine.
Les jeunes gens qui, au nord de la Roumanie volent pour la St André le portail de la maison où vit une jeune fille à marier qui les intéresse.
Ceux qui jettent du parfum ou de l’eau de Cologne sur ces mêmes filles pour Pâques. La célébration de la fête de Noël le 24 décembre pour les catholiques, le 6 janvier pour les orthodoxes, au
cours de laquelle les enfants chantent des cantiques et reçoivent en contrepartie des petits cadeaux, pommes, noix ou quelques piécettes.
Mais il y a aussi des points plus graves. Comme la difficulté de décompter le nombre de Roms. Lors des naissances, les enfants déclarés portent
tous le même nom et prénom. Bien difficile de les distinguer ainsi ! Et les autorités roumaines estiment que cette minorité n’est que de 550 000 personnes, alors que pour le Centre européen pour
le droit des Roms ce chiffre se situerait entre 1.8 et 3 millions !
L’entrée dans la Communauté européenne est évoquée alors que nous avons encore vu deux hommes qui tuaient un cochon sur le bord de la route. Les
Roumains ont massivement voté l’entrée de leur pays dans la CE dont les affiches électorales vantaient les avantages en caractères bien gros, et n’évoquaient qu’en tout petit les inconvénients et
les contraintes. Et maintenant ça grince très très fort lorsqu’il est question de respect des normes dans des délais qui ne sont pas tenus. Nous voyons des bâtiments de coopératives agricoles
abandonnées, et peu de structures ont été mises en place pour les remplacer.
La démographie est aussi un grave problème. La population roumaine diminue. L’émigration importante et la natalité très faible (3 femmes pour 1
homme …) poussent le gouvernement à encourager les naissances, mais ce sont des remerciements que les familles reçoivent alors que des aides ou des allocations seraient plus convaincantes.
Tout au long de la route et dans les cours des maisons nous remarquons des christs en croix. Ce sont des ex-voto dressés en remerciement ou pour
attirer la protection divine.
Il y a également dans les cours des meules de foin et de maïs qui rappellent les campagnes de notre enfance.
Et nous avons fini par arriver au Monastère de Nicula qui s’élève au sommet de la colline, dans le soleil froid d’une belle journée.
Beaucoup de
coupoles car ce n’est pas une église, mais trois qui sont là. La foule qui participe aux pèlerinages nécessite la construction d’une nouvelle église, ici aussi. Mais c’est surtout la petite
église de bois qui retient notre attention, et Roxane a pu obtenir d’un pope qu’il nous l’ouvre.
Nous pouvons admirer quelques icônes anciennes. Les appareils photos des pirates
que nous sommes crépitent …Je pensais que la porte était très basse pour nous imposer l'humilité ... il parait que c'est pour protéger les églises des intrusions ottomanes qui se faisaient à
cheval ! La grande église du début du 20ème siècle est ouverte et nous pouvons la visiter librement. C'est ici qu'est l’icône miraculeuse.
Nous rentrons à Cluj pour le repas dans un restaurant célèbre. Décors de poteries. Et sur les tables un grand plat de fromages et fruits nous
attend. Nous allons les déguster avec un alcool local versé dans de tout petits pots de terre en guise d’apéritif. C’est fort, mais après le froid de la matinée nous ne laissons rien dans les
flacons !
Et l’après-midi est libre. Temps superbe, la boue a séché et il n’y a même pas de poussière dans les rues. Nous n’avons que l’embarras du choix
pour passer les quelques heures devant nous. Découvrir Cluj sous le soleil,
faire du shopping, aller à la
grande poste pour timbrer les quelques cartes que nous avons pu écrire (je vérifie que la notion de collection de timbres n’est pas comprise par mes interlocuteurs, tout comme en Croatie. C’est
peut-être une affaire d’occidentaux dont les besoins sont pourvus et qui peuvent penser au superflu ?), et il reste quelques musées à visiter !
Odile et moi partons pour le musée de la pharmacie où un colosse veut nous empêcher d’entrer en nous parlant d’heure.
Il n’est que 3
h30 et ça ferme à 4 heures. Pas question de nous laisser intimider : nous contournons le colosse et entrons. Le guide habillé tel un préparateur est occupé avec des visiteurs au sous-sol,
qui sont Jean Pierre et Annick. Puis il nous accompagne et nous donne un minimum de détails.
Juste en face le palais Banffy est ouvert et ses collections d’art nous attendent. Nous y découvrons des œuvres que nous aurions imaginées de la
Renaissance ou du 17ème siècle alors qu'elles sont du début du 19ème
! Puis des peintres roumains du 19ème siècle très
influencés par l’impressionnisme : Nicolae Grigorescu, Stefan Luchian et Elena Popea parmi les plus importants. Avant le concert du soir Bob me dira que les grands peintres roumains de cette
époque sont passés par la France où ils ont beaucoup travaillé avec l’école de Barbizon, Corot, Courbet …
Nous nous retrouvons dans la salle de conférence de l’hôtel Agape un peu avant l’heure et échangeons nos impressions de touristes autonomes, car
pour une fois nous avons passé quelques heures sans l’accompagnement de la patiente Anne qui nous a maternés pendant 4 jours !
La conférence commence par un débat sur l’usage des instruments anciens. Authenticité ou grincements ? Pour ma part, après un premier
mouvement difficile, j’ai bien aimé le concert d’hier soir. Celui du jour, c’est la Messe en ut mineur KV 427. Peu de temps après leur mariage, Constance tombe malade et Mozart fait le vœu de
composer une messe pour célébrer sa guérison. Et c’est elle qui chantera la partie de la première soprano à Salzbourg.
Ce soir, grande salle de la Maison des Etudiants pour ce concert de clôture du festival où le public est nombreux.
Le Chœur et l’Orchestre philharmonique Transylvania dirigé par Nicholas MacGegan avec les solistes Bianca Manoleanu, Critina Toader, Cezar Dima et Cozmin Sime sont en grande forme et remportent
un grand succès.
Encore une bien belle soirée !