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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 19:44

Finir notre voyage par la grotte d'Altamira c'est vraiment la meilleure idée que nous avons eue. Il y a là tout ce que j'ai appris à vénérer pendant mon enfance : le mystère de la culture de nos lointains ancêtres, et le plus total respect pour ce que nous ne comprenons pas.Altamira 01

Voici quelques unes des images que nous avons pu faire dans le musée attenant à la reproduction de la grotte. Des dizaines de grands bisons rouges, soulignés de noir, Altamira 02des contours juste tracés sur les voutes, ici ou là un cheval,Altamira 03et ces echelles que sont-elles ? Ne sont*-elles pas encore plus difficiles à comprendre que les animaux ?Altamira 04Quels artistes étaient ces hommes qui ont vécudans la Préhistoire, sans nous laisser d'indice accessible pour que nous puissions approcher leur état d'âme et leurs motivations.

Je crois qu'il n'y a pas beaucoup plus d'un siècle que hommes ont tenté de percer quelques uns des secrets de ces messages, et il m'a bien plu qu'une mention importante soit faite de l'apport de l'abbé Breuil, une des personnalités qui a rempli de ces mystères mon enfance en Périgord, dans mon pays voisin de Montignac.800px-Bisonte de AltamiraVoici un des relevés qu'il avait fait lors d'une de ses visites à Altamira.

 

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Voyages familiaux
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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 18:18

Aguilar 00Lorsque nous sommes arrivés à Aguilar il neigeait ... Finalement la personne du musée de Burgos ne plaisantait pas, la neige a mis 48 heures pour arriver. Et nous sommes le 29 avril !

Nous avons décidé de nous arrêter ici jusqu'à ce que le mauvais temps passe. Aguilar est une petite ville avec tous les commerces et les sourires dont nous avons besoin pour attendre le retour de conditions plus agréables au pied de la Cordillère Cantabrie.

Pas question de se garer à l'intérieur des murs de la ville, les camping-cars ne passent pas les portes médiévales fortifiées.Aguila 04C'est à l'extérieur, à côté du collège que nous avons trouvé l'air de services. La campagne commence tout de suite après, ponctuée de rochers de grés rose. Sur la route vers la ville les restes de l'église romane Saint André ont été transportés du sommet de la colline, où elle faisait partie d'un monastère du 12ème siècle détruit et reconstitués à l'échelle 1. Chevet en cul de four, chapiteaux sculptés et après un espace vide de la longueur de la nef la porte décorée de billettes et de chevrons est superbe. C'est curieux et émouvant.Aguila 01Il faut traverser la rivière Pisuerga sur le pont médiéval del Portazgo, et la muraille de la même époque par une porte  à redécorée au temps de l'art baroque.Aguila 02Nous sommes alorsAguilar 05 rapidement arrivés sur la plaza de España entourée de maisons dont une partie est de tradition castillane alors que les autres, avec leurs pans de bois ressemblent aux maisons des pêcheurs de Cantabrie.Aguilar 06Des maisons nobiliaires en grosses pierres de taille portent avec beaucoup de fierté au-dessus de la fenêtre centrale du premier étage les blasons des familles auxquelles elles ont appartenu.Aguila 03A ce moment là les faucilles semblaient être des indices de richesse (cf la frise), elles se portaient bien avec les fleurs de lis !

Nous avons fait quelques courses, mangé dans un restau sympa où la télévision montrait beaucoup de photos sur la surprenante tempête de neige. Les remparts d'Avila entièrement sous la neige nous faisaient apprécier d'être à Aguilar ! Que je serai bien avec les grosses chaussettes de laine de cocooning que je viens d'acheter pour jouer aux dames dans le camping-car !

Mardi matin le temps s'est un peu levé. Nous avons fait un tour au marché où nous avons vu des cerises si chères que personne ne voulait y goûter malgré l'invitation du marchand, puis au tout nouvel office de tourisme construit au bord de la rivière, au-dessus de fondations du rempart d'origine de la ville pour avoir une carte de la route de l'Art Roman dont nous regarderons quelques fleurons avant de nous diriger vers Alta mira qui sera, venons-nous de décider, le point final de ce périple en Espagne.

Nous sommes revenus un peu au sud jusqu'à Santa Maria de Mave. L'église de grés rouge fait partie d'un monastère converti en hôtel fermé. Nous en avons fait le tour extérieur.Aguilar 10Les trois absides en cul-de-four correspondent aux trois nefs,  la charpente est soutenue par des modillons et une frise de feuillages et de dessins géométriques souligne les toits.

Aguilar 11Aguilar 12

 

Pour visiter la petite église rupestre d'Olleros de Pisuerga il faut trouver le patron du restaurant-bureau de tabac-bistrot qui détient la clef et qui confie sa boutique à sa femme de confiance pour nous accompagner.Aguilar 13

L'église a été taillée dans le grés rouge et veiné de jaune au 12ème siècle, à la place d'un ermitage. Une entrée abritée a été ajoutée quelques siècles plus tard.Aguilar 14C'est depuis la tribune on a une vue est la meilleure du plan d'ensemble de cette curieuse église.

Dernier arrêt à Cervatos où une très belle église romane domine le village.Aguilar 15La porte est une merveille d'abstraction, entrelacs et dentellesAguilar 16avec cependant des animaux qui occupent les chapiteaux, et quelques personnages sur les côtés de la porte.

Les modillons sont superbes, et j'aime tout particulièrement le joueur de lyre. Quant à la Vierge à l'enfant sur le côté gauche de la porte, elle semble très primitive.

Aguilar 19Aguilar 18

Pas une explication ni dans ma documentation, ni dans les environs. Juste un papier où figure un numéro de téléphone à appeler si l'on veut visiter. Mais comment téléphoner alors que j'ai déjà tellement de mal à m'exprimer de visu ? Il me faudra prendre des cours d'espagnol dès que possible ...

Mais pas besoin de cours pour parier que les personnages de part et d'autre de cette fenêtre sont la représentation d'un des péchés capitaux : la luxure !Aguilar 17Que pensez-vous des archivoltes de la fenêtre ? Vous n'avez pas vu et n'avez d'yeux que pour les personnages ? Oh !

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Belles romanes et autres
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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 13:50

Palencia 00Nous n'avons pas envie d'arriver trop vite à Valladolid et faisons étape à Palencia.

Beaucoup de clochers se dessinent dans le ciel de la vieille ville. Avec en-dessous une église remplie de fidèles en ce dimanche matin. Leurs yeux brillent des lumières et des ors des nefs : tout ça n'est pas propice aux visites ! Nous allons donc voir plus loin.Palencia 04

Nous arrivons enfin après la messe à la cathédrale gothique. Elle fut originellement romane, lorsque l'évêque Bernard la fit construire après que les musulmans ont été repoussés au sud.

C'est Palencia qui fut choisie au début du 13ème siècle comme siège de la première université d'Espagne. Mais cet honneur lui fut retiré et elle fut déplacée à Salamanque lors des dures sanctions prises contre elle pour avoir participé à la "révolte des villes de Castille" en 1520 contre Charles Quint.Palencia 01

La cathédrale a subi des transformations et les voutes et les arcades romanes ont disparu pour faire place aux ouvertures ogivales, et aux chapelles gothiques et plateresques.Palencia 02

J'aime beaucoup les chantres coiffés de turbans qui soutiennent le buffet d'orgue ...Palencia 09

Nous avons fait comme les personnes rencontrées, sommes allés à une pâtisserie acheter les gâteaux  du dimanche matin, mais avons continué notre visite dans les rues centrales ensoleillées mais ventées : le palais Villandrando à la façade modernista (qu'il y a longtemps que nous n'en avions pas vues !) néo-gothique,Palencia 03celle du palais de la Diputacion provincial, neo classiques ?Palencia 06celle du cloître de Saint François derrière lequel est cachée l'entrée de l'église de la Soledad,Palencia 05et sommes revenus le long du rio Carrion par l'église San Miguel dont la grande tour-clocher crénelée devait guider les pèlerins

Palencia 07qui empruntaient le pont Puentecillas pour traverser la rivière où des cigognes cherchent leurs proies à cette heure-ci.

Il doit être le seul monument de Palencia à avoir conservé son caractère roman ! Il a même échappé à l'adaptation à la circulation au 20ème siècle pour continuer à être réservé aux pèlerins. Quant aux jardiniers qui l'empruntaient pour aller dans leurs jardins sur l'autre rive, ils doivent maintenant préférer y aller par d'autres voies.Palencia 08Il était plus de trois heures quand nous sommes revenus au camping-car pour notre repas. Ça y est, nous sommes au point pour nos horaires de repas !

Et à l'heure de repartir nous avons trouvé que Valladolid faisait naître des mots, des noms, des images si noires dans nos esprits que nous avons préféré ne pas prendre la route du sud où devaient nous attendre l'inquisition et l'horrible Torquemada (qui la mena de façon implacable ainsi que la conscience des "rois catholiques" Isabelle et Ferdinand II pendant bien trop d'années) et la difficile Controverse de Valladolid (1550-1551) où Bartolomé de las Casas eut tant de mal à defaire les arguties de Juan Ginés de Sepúlveda.

Allez, fuyons ces pages d'histoire et filons vers le nord et Aguilar de Campo !

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Ponts du monde
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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 14:07

Nous sommes en camping-car, et nous suivons le chemin des pèlerins de Saint Jacques où chaque village ici en est une étape. Car chacun va à son rythme, c'est ainsi que les rencontres sont si nombreuses et si variées. Je crois qu'aujourd'hui il leur a fallu beaucoup de courage pour avancer sous la pluie, le vent et la grêle.

Fro 00

Pour nous tout est facile, l'avance à l'abri et les arrêts à chacun des villages mentionnés sur le guide vert Michelin, et encore plus souvent si nous le voulons.

Première étape ce matin à Villasandino où la silhouette de deux énormes églises nous a attirés. Fro 03Je continue mes efforts de communication qui me permettent d'échanger quelques phrases ... Villasandino a environ deux cents habitants, l'une des églises est maintenant désaffectée, l'autre est fermée. Ce village fondé au 9ème siècle conserve de son époque médiévale un pont roman au bout duquel il y a une bien belle maison en pisé et pans de bois, hors les mursFro 04et de l'autre côté une porte qui permettait d'accéder au village. Fro 05Sur notre route vers Valladolid en passant par Palencia nous nous sommes ensuite arrêtés à Carrión de los Condes. Il y a plusieurs églises romanes à y voir, mais c'est aussi un lieu inscrit dans l'Histoire. La plus vieille chanson de geste espagnole, El Cantar del Mió Cid relate aussi le triste mariage des filles du Cid avec les comtes de Carrión, la façon dont elles furent maltraitées et celle dont elles furent vengées par la condamnation à mort que leur père obtint du roi pour leurs maris.Oh, le héros de  nos jeunes années était aussi bon père, ça Corneille ne nous l'avait pas révélé, c'est la grande découverte du jour !

Les églises ont subi l'outrage du temps et les vicissitudes de leurs restaurations ...A Santa Maria, la plus ancienne de la ville, il ne reste de roman que le portail, protégé par un porche mais sûrement trop tardivement.Fro 06Au-dessus de la porte la frise représenterait l'adoration des rois mages ; identifier les nombreux personnages des voussures est une gageure réservée aux spécialistes. On ne reconnaît guère que les têtes de chevaux qui encadrent la porte.

Sur ce chemin de Santiago nous avons rencontré une famille de pèlerins français composée des parents, de trois enfants en bas âge et de trois ânes. Ils sont partis il y a un an depuis Vèzelay, ont passé l'hiver dans le Finistere espagnol après leur passage à Saint Jacques et sont maintenant sur la route du retour ... Nous nous demandons quel est l'impact d'une telle aventure sur des enfants de moins de 10 ans qui devraient être à l'école, n'est-ce pas ?

L'église de Santiago a été transformée en musée. C'est la dernière des modifications successives qu'elle subit. Au 19ème siècle elle  fut incendiée à l'arrivée des troupes napoléoniennes afin qu'elle ne leur serve pas de casernement. Les murs et la toiture ne furent refaits que longtemps après.Fro 10La façade principale est superbe. Au-dessus de la porte Jésus en majesté entouré des symboles des évangélistes accueille les fidèles et les visiteurs Fro 07Que j'aime les représentations de la voussure au-dessus des piliers sculptés, ce sont vingt cinq artisans du 12ème siècle. Un véritable répertoire des métiers de la ville Fro 08parmi lesquels on reconnaît le savetier, le restaurateur avec son pot de vin, le coiffeur et ses ciseaux, le potier et son tour. Le forgeron juif a échappé à mon attention ...

Nous avons mangé à Carrión de  jeunes artichauts braisés avec du jambon serrano, c'était un vrai régal. Il va falloir que j'essaie ça !

Nous sommes repartis sous un orage de grêle pour Villalcazar de Sirga et son église Santa Maria la Blanca. Plus nous avançons et plus elles sont impressionnantes ces églises ! Celle-ci réserve plus d'une surprise.Fro 11

Le style roman évolue déjà vers le gothique par les arcs brisés des deux portails juxtaposés sous le porche.Fro 12

Le plus grand est a un double décor, les voussures sont occupées par des personnages bibliquesFro 15 alors qu'au dessus une frise sur deux bandeaux représente dans le premier la Vierge, l'Annonciation et l'Epiphanie et le second Jésus en majesté entouré de ? peut-être les apôtres, ils ont l'air d'être douze. A l'intérieur on peut y voir une vierge blanche miraculeuse au milieu d' un grand retable d'influence flamande, une vierge gothique de pierre polychromée, et surtout les tombeaux gothiques de princes et princesses admirablement sculptés de scènes de funérailles ...

Laissons les pèlerins se sécher au pâle soleil qui brille maintenant et partons pour Fromista et son église à qui le guide Michelin a accordé deux étoiles.

En fait, il y en a plusieurs des églises à Fromista. La plus haut perchée, celle qui peut servir de fanal au pèlerin perdu est fermée pour le moment, mais en voie de devenir centre culturel. La seconde, au centre ville a une étrange apparence. Encore victime des rénovations et enrichissements de la paroisse ...Fro 14Navrant. Un toit surélevé qui laisse passer l'air ; un ensemble Renaissance composé d'un porche et d'une porte. Et en plus elle est fermée. Essayer de dire notre déception est au-delà de mes moyens. Et nous ne voyons plus de clocher qui pourrait nous permettre de chercher le joyau roman de la ville.
Alors nous avons décidé d'en rester là et de nous diriger vers l'espace-services pour camping-car. Et juste avant de quitter la ville, à un gros rond-point, en regardant sur notre droite nous l'avons vue l'église San Martin !Fro 16Seule au milieu d'une place et merveilleusement, enfin bizarrement romane !

Elle mérite à elle seule un article puisqu'il semble qu'il y ait des problèmes de chargement pour mes lecteurs si les textes sont trop longs et les photos trop nombreuses ou trop grandes.

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Belles romanes et autres
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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 09:00

Fro 000Nous avons donc fini par trouver cette église que les Espagnols qualifient de "joyau roman", assez bizarrement seule au milieu d'une très grande place, à la limite ouest de la ville de Frómista.Fro 16Elle a des particularités séduisantes : ses deux tours rondes sur la façade ouest, un transept non saillant, une tour octogonale à sa croisée, une porte sur chaque façade et un ravissant chevet à trois absides.Fro 18Les lignes du relief sont soulignées de frises en damiers, les chapiteaux des colonnettes et des pilastres représentent des personnages, des feuillages et il y a une quantité incroyable de modillons, c'est simple à chaque console.Fro 19Les trois absides correspondent à la nef et aux collatéraux. Les voûtes sont portées par de gros piliers carrés sur lesquels des demi-colonnes sont adossées.Fro 24Petite étape historique avant de passer à la visite de l'intérieur.

L'église fut construite en 1066 à la demande de la veuve du roi de Navarre Sancho III. Elle est la seule partie subsistante d'un important monastère bénédictin qui occupait toute la grande place maintenant vide. Elle est reconnue comme l'achèvement parfait des  expériences architecturales entreprises à Jaca et à S an Isidoro de León où nous ne sommes pas encore arrivés : "la perfection dans l'ordonnancement architectural" (Guide Vert). Partiellement ruinée à la fin du 19ème siècle sa restauration semble avoir soulevé quelques controverses, mais l'essentiel est respecté.Fro 22

 

Voutes en berceau, absides en cul-de-four et coupole sur trompes font un choeur très sobre occupé par le Christ du 13ème siècle et les statues du 14ème siècle de Saint Jacques en simple pèlerin et de Saint Martin.Fro 29C'est sûrement à l'examen des chapiteaux qu'il faut donner le plus d'attention, ces "livres d'enseignement" pour les croyants plus ou moins lettrés.

Il y a des feuillages, des fruits, des entrelacs. Donnent-ils plus de valeur aux scènes figuratives en ne saturant pas l'espace ? Des animaux et des oiseaux symboles du bien (pélican, lions),Fro 27Fro 28

ou du mal (basilics, monstes, dragons) ; de très classiques scènes bibliques telle l'adoration des magesFro 26

ou Adam et Eve cueillant le fruit de la connaissance, puis Adam et Eve chassés du paradis.Fro 23Fro 17

Mais voici aussi quelques surprises de taille ! Oreste poursuivi par les Erinyes après le meurtre de Clytemnestre et d'Egisthe. Une scène de l'Odyssée dans les murs d'une église romane !Fro 21

Ce qui me touche ici, ce n'est pas l'évidente culture du sculpteur (je ne doute plus depuis longtemps que les batisseurs de cathédrale étaient des hommes immensément cultivés) mais plutôt la tolérance de l'ensemble de l'équipe qui a participé à l'élaboration de cette église en acceptant des évocations d'autres civilisations et d'autres religions.

Et voici le chapiteau qui me fait tomber les bras !Fro 25Des animaux diaboliques dévorant des hommes sur les côtés, OK, grand classique ; mais en face de nous il s'agit bien d'un corbeau et d'un renard qui se disputent un fromage ! Et ceci au 11ème siècle ...

Mince, alors là, mon égo de Française en prend un coup ! Une histoire de corbeau et de renard antérieure de six siècles à celle de Jean de La Fontaine ...

Cette découverte relègue celle de ce matin, Rodrigue bon père, au niveau de news d'un magazine people. Et ne me pose peut-être pas une question existencielle, mais au moins me provoque un bouleversement culturel ...

Camille me propose de sortir et de faire le tour de l'église pour me remettre de ça, voir la façade nord Fro 31et en passant cette contorsionniste avec son bébé entre les seins ! Quelle joyeuse image de la maternité !Fro-32.jpg

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Belles romanes et autres
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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 19:39

Burgos 00La région de Castille et León est divisée en neuf provinces dont celle de Burgos, chef lieu Burgos, dont je vais pouvoir vous parler maintenant que nous avons solidement déjeuné d'un "olla podrida" fleuron de la gastronomie burgalaise.Burgos 20

Dans nos assiettes les haricots rouges, auxquels s'ajoutent les viandes des deux plats sur la table, listées dans la recette du lien. Et finalement ce repas d'hiver n'est pas totalement hors saison car une bise bien froide nous cueille en sortant du restaurant et  nous comprenons le dicton "neuf mois d'hiver et trois mois d'enfer" qui définit le climat du comté. Avril peut être froid, même avec un ciel très bleu.

On reprend la visite. Nous avons laissé le camping-car au monastère de las Huelgas, et sommes revenus en bus jusqu'à l'avenida Valencia del Cid. Pas de problème dans les transports en commun : chauffeur et passagers sont très attentifs à notre destination.

La Calle de Madrid nous permet de passer devant une belle et grande construction classique, l'Hôpital de la Conception fondé en 1567 par le marchand Diego de Bernuy pour accueillir les pauvres de la ville.Burgos 03Il fut agrandi au 17ème siècle, devint collège de chirurgie et de médecine de 1799 à 1824. Puis fut transformé en auberge pour les pèlerins. Les infirmeries du 16ème siècles seraient remarquables, mais sont inaccessibles aux touristes de 2013.

Les flèches de la cathédrale apparaissent devant nous, mais il faut d'abord passer le pont Santa Mariá sur le Rio Arlanzón.Burgos 04Ce pont fut pendant longtemps le seul sur les routes du sud pour atteindre Burgos. Et l'Arco de Santa Mariá la seule porte dans les remparts qui entouraient la ville depuis 1276. Elle fut modifiée au 16ème siècle lors de la visite de Charles Quint, et c'est sûrement à ce moment là que furent ajoutées sa statue, celle du Cid et de grands personnages de la ville dont on remarque la coiffe d'influence orientale.Burgos 02

L'Arco ouvre sur l'impressionnante place du Roi San Fernando et la façade sud de la cathédrale.Burgos 05Combien de maisons, de palais et d'églises sont cachées derrière ? Il faudrait être un vrai burgalais pour le savoir. Nous avons monté l'escalier à côté de la Maison del Cid (c'est le nom d'un hôtel)Burgos 11et sommes arrivés juste à temps pour les vêpres à l'austère église San Nicolás, et surtout l'éclairage de son incroyable retable de pierre polychrome que Simon de Cologne réalisa en 1505.Burgos 08465 personnages sculptés sont groupés autour de Saint Nicolas pour illustrer sa vie, et aussi une cohorte d'anges en couronne autour de la Vierge dans la partie supérieure ... Il me semble qu'il rivalise avec le retable de la chartreuse de Miraflores. Tant de talents à Burgos en même temps a dû être très favorable à l'émulation et la créativité.

La rue Fernán González est bordée d'hôtels particuliersBurgos 06de la nouvelle auberge des pèlerins, Burgos est une des grandes étapes sur la route de Saint Jacques, un endroit où les sandales remplacent pour quelques heures les chaussures de marche.Burgos 07Place de la Libertad la maison del Cordon doit son nom au cordon franciscain qui orne sa façade depuis le 15ème siècle. Christophe Colomb y rencontra les souverains espagnols et un peu plus tard François Ier y logea avant de revenir en France.Burgos-16.jpgSur l'autre rive de l'Arlanzon le musée de l'Evolution humaine n'ouvre qu'à 16H30. Je me suis mieux habituée au décalage des heures de repas qu'à la reprise tardive des activités culturelles. Ne traversons donc pas la rivière, voici la Plaza Mayor, grande place circulaire, entourée d'une galerie couverte, lieu de rendez-vous pour échanger quelques mots entre amis autour de la statue de Carlos III.Burgos 10et la rue Virgen de la Paloma très commerçante où les promeneurs sont assez nombreux, mais ne flanent pas, le vent est trop froid.Burgos 12Le musée de l'Evolution humaine a été ouvert en 2010. Il est au centre d'un ensemble de trois bâtiments conçus par Juan Navarro Baldeweg, architecte, peintre et sculpteur espagnol. A droite un palais des congrès, à gauche un centre de recherches archéologiques.Burgos 18Car le gisement archéologique de la sierra Atapuerca n'est qu'à une quinzaine de kilomètres de Burgos, et c'est là que furent découverts les plus anciens vestiges de la présence de l'Homme, une grande quantité de restes humains d'anténéanderthaliens, Homo antecessor, datés entre 1 200 000 et 800 000 ans en font un des gisements les plus riches au monde.

Intéressante promenade à travers les millénaires et l'espèce humaine depuis donc Homo antecessor jusqu'à l'ADN et les OGM en passant par Darwin ...

Après avoir cherché mes mots dans le dictionnaire et m'être bien appliquée à construire une phrase j'ai demandé à une personne du musée en sortant si elle avait pris connaissance des prévisions météorologiques, et si le vent allait durer encore. Elle m'a répondu que oui, elle avait entendu les dernières prévisions et que demain il allait neiger ! Nous sommes fin avril en Espagne, elle plaisantait ? Mais je n'avais pas préparé la réponse "vous plaisantez ?". Alors nous en sommes restées là, et je crois que c'était "una broma" !Burgos 17Et maintenant retour vers le monastère de las Huelgas et la température douillette du camping-car !

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Published by Camille et Pierrette Filippi - dans Europe
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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 12:08

cath 00Troisième plus grande du royaume d'Espagne par ses dimensions, la cathédrale de Burgos est considérée  comme le joyau de la ville. Inscrite au patrimoine mondial de l'Humanité depuis 1984 c'est autant un musée de l'art religieux qu'un lieu de culte.

La nef et les portails furent construits en quarante ans à partir de 1221 par des architectes locaux et d'après des plans ramenés de France. Le superbe cloître à deux étages ne fut construit qu'au 14ème siècle. Au 15ème siècle, nouvelle tranche de travaux et nouveau style. Gothique fortement teinté de Renaissance sous influence mudéjare travaillé par des artistes venus du nord,  Felipe Bigarny, bourguignon, Gil de Siloé , flamand et Jean de Cologne, rhénan qui fondèrent à Burgos des dynasties familiales de sculpteurs-architectes-décorateurs dont nous avions vu quelques chefs d'oeuvres à la chartreuse de Miraflores. C'est à cette époque que furent érigées les flèches de la façade, la chapelle du connétable et que la décoration des chapelles latérales fut renouvelée.

Et maintenant il est temps d'en faire la visite ! D'abord le tour extérieur.

Les architectes se sont joués du relief et toute quelques escaliers permettent d'accéder aux différentes portes qui s'ouvrent sur trois niveaux.

Depuis la place du roi San Fernando, passage obligatoire, une volée de marches permet d'arriver devant la façade principale, dont les décors sont de plus en plus riches alors que les niveaux s'élèvent.cath 01 Au dessus de la rosace et entre les tours il y a, dans le style français, une galerie des rois (ceux de la Bible) due à Jean de Cologne.cath 02 En continuant à monter le regard commence à porter sur l'ensemble des toits, et la forêt de flèches, pinacles, dentelles et festons de pierre. cath 03La tour-lanterne de la croisée du transept est somptueuse et illustre parfaitement "l'horreur du vide" qui s'imposait aux architectes et décorateurs du 16ème siècle !cath 04Au nord, point d'accès le plus haut, la porte de la Coroneria construite au 13ème siècle présente Jésus, Marie et Saint Jean en grand dans le tympan. Au-dessous Saint Michel pèse les âmes, à gauche les sauvés parmi lesquels le roi Fernando III et la reine Béatrice de Souabe ... Des séraphins occupent l'archivolte alorsq ue les douze apôtres sont répartis sur les côtés. Que le passage semble étroit entre toutes ces représentations !cath 06Nous continuons vers le choeur. Les ajouts plateresques (16ème siècle) de la porte de la Pellejeria, de la chapelle du Connetable dont la coupole-lanterne est richement décorée sont visibles de part et d'autre des fenêtresgothiques du déambulatoire .cath 05Nous finissons le tour par la rue Paloma, en longeant le mur aveugle du cloître pour arriver à la porte du Sarmental où le tympan est occupé par Jésus entouré des quatre évangélistes à leur table de travail (c'est la première fois me semble-t'il que je vois cette représentation) accompagnés de leurs symboles, au dessous des apôtres, alors que les les Anciens de l'Apocalypse occupent les voussures. Je ne sais plus qui sont représentés de part et d'autre de la porte, ni quel est l'évêque devant le meneau.cath 10Et puisque nous avons notre billet d'entrée, nous allons maintenant faire le tour intérieur, la porte du Sarmental étant l'accès des touristes.

Elle permet de commencer tout de suite sur le mode "émerveillement": Au-dessus de la croisée du transept l'étoile à huit branches de la tour-lanterne déverse la lumière dans la nef et en particulier sur les dalles funéraires du Cid et de Chimène qui sont là, au centre.cath 15Nous avons passé les stalles de chêne, l'escalier de la Coroneria de style Renaissance à double volée er rampe dorée,cath 14 le retable du maître-autel aux sculputures de pierre polychromes, les panneaux du déambulatoire  pour arriver à la somptueuse chapelle du Connétable de style isabelin. De magnifiques grilles d'accès ferme une chapelle somptueuse ... C'est même beaucoup trop somptueux à mon goût !cath-08.jpgQu'avait donc à se reprocher le connétable de Castille Hernàndez de Velasco pour faire élever cette chapelle qui rassemble tant d'oeuvres d'art ? N'a-t'il pas ajouté une grosse faute d'orgueil à ce qu'il avait déjà sur la conscience ? Sommes-nous dans le domaine des indulgences ? C'est splendide, mais totalement indécent !

Nous avons atteint la galerie supérieure du cloître où les nombreuses fenêtres permettent de voir le jardin,cath 17et sommes arrivés au musée de la cathédrale, installé dans la salle capitulaire et les salles voisines. Les pièces qui y sont présentées sont comme tout ce qui est rassemblé ici, d'une valeur inestimable. Voici le fac-similé d'une bible wisigothe de 960 !cath 18Nous sommes revenus sur nos pas, remarquant ici une coupole très travaillée,cath 16là une représentation inattendue de la Passion, et finalement presque étourdis par toutes ces richesses et pourtant nous n'avions pas fini car chaque chapelle est un musée en soi !

Dans la chapelle Santa Ana le grand retable gothique retrace la vie de la mère de la Vierge.cath 13La rencontre d'Anne et de son mari occupe le centre de l'arbre de Judée dominé par la Vierge tenant son enfant.cath 12Mais dépêchons-nous, Papamoscos va bientôt taper sur sa cloche pour nous donner l'heure, tout près de la grande porte, juste sous la voute.cath 11Et c'est lui qui nous fait savoir qu'il est temps d'aller voir de l'autre côté de la place si nous pouvons déjeuner !

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 14:51

25 Avril 2013

Surprenant, nous allons faire dans la discrétion et l'humilité pour ce monastère royal absolument fastueux : les photos sont interdites, et notre guide veillait au respect de cette interdiction.Et je constate qu'il y a bien peu de photos publiées sur le réseau internet. Les collections et les tombeaux sont discrètement gardées !Las Huelgas 01

Cette abbaye fut fondée en 1180 par le roi Alphonse VIII et son épouse Eléonor d'Angleterre, fille d'Eléonor d'Aquitaine et soeur de Richard Coeur de Lion (celle-là même qui finança l'église romane saintongeaise de Soria que nous avons vue il y a quelques jours).

Ils choisirent l'emplacement d'une résidence de divertissements royaux (origine du nom de Huelgas : loisirs) pour élever à la place cette maison réservée à des religieuses cisterciennes de familles royale et nobles. Et il devint lieu de retraite et panthéon royaux un peu plus tard.

Les dotations que le monastère reçut furent telles que ses pouvoirs, temporel et religieux s'étendirent sur plus de 50 localités et sa fortune devint considérable.

Cette richesse a corrompu la pureté cistercienne. L'église est encore très richement décorée de retables dorés impressionnants. Dans la nef des tombeaux royaux et nobles sont en plus ou moins bon état : l'armée napoléonienne est passée par là, a profané toutes les tombes trouvées et volé un maximum de bijoux.

Nous avons pu saisir une image du cloître roman dont les arcs en plein cintre semblent avoir été "agrémentés" de quelques dentelles de pierre isabélines.Las Huelgas 03Après la chapelle du roi et celle de Saint Jacques dont le style est très influencé par la décoration mauresque, nous avons visité l'extraordinaire musée des Tissus médiévaux trouvés dans les tombes profanées. Les vêtements n'intéressaient pas les pilleurs ...
Voici donc toute une collection de tuniques, de pellotes (larges pantalons à bretelles) et de capes qui sont présentés dans des vitrines faiblement éclairées. Après tant de siècles les fils d'argent sont assez ternes.cath 19Il y a aussi un birrete, sorte de couronne de soie brodée de perles et de pierres précieuses, qui est miraculeusement parvenue jusqu'à nous. La statue ci-dessus représente un personnage de l'époque médiévale vêtu de ce costume. Ce musée est exceptionnel, mais ça ne saute pas aux yeux, et je me permets même de dire que ces vêtements ne sont pas très "glamour" !Las Huelgas 02

Nous avons retraversé l'immense cour dans l'autre sens, complètement transis et ravis d'aller nous réchauffer en déjeunant dans le camping-car garé à proximité sur recommandation des gens de l'Office de Tourisme.

Mais pourquoi cette cour est-elle si grande ? Les équipages des visiteurs étaient-ils si importants ? Les bâtiments ont-ils été agrandis tout au long des siècles ?

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 12:24

Miraflores 00

Burgos (deux étoiles au guide Michelin) rassemble un riche patrimoine : la cathédrale, le monastère royal de las Huelgas et la chartreuse de Miraflores située à l'extérieur de la ville et par laquelle nous allons commencer notre visite.

Cette chartreuse a été construite à partir de 1454 sur l'ordre de leurs majestés le roi Jean II et son épouse Isabelle de Portugal pour recevoir leurs dépouilles.

Miraflores 12800px-Burgos - Cartuja de Miraflores - Tumba de Juan II de

Les travaux menés par Jean puis Simon de Cologne n'ont été terminés qu'en 1498.

Entretemps le roi était mort en 1454 et la reine en 1496 ... Quoi qu'il en soit, leurs tombes, leurs gisants et un foisonnement de statuettes sont bien là.

Miraflores 01La chartreuse est d'une sobriété surprenante. De hautes fenêtres gothiques et des pinacles au sommet des discrets  contreforts sont les seuls signes extérieurs de son statut de chapelle funéraire royale.Miraflores 02La première enceinte franchie, la porte ogivale plateresque (aussi nommé gothique isabélin) dont le tympan représente une piéta est surmontée des armoiries géantes du royaume de Castille et Léon à gauche et de celles personnelles de Jean II à droite.

Une fois franchi l'atrium de l'église le contraste est grand. La nef est cachée par les clôtures successives qui déterminent les espaces, mais la voute se livre à notre surprise : haute, longue, cloutée de clefs dorées et tout au fond brodée  de festons.Miraflores 03Sur l'un des murs de la salle des fidèles où nous sommes un superbe triptyque anonyme, de l'école flamande de Roger van der Weyden (après avoir vu le portrait d'Isabelle de Portugal cliquez sur "voir les autres oeuvres" pour arriver à quelques portraits supplémentaires) représente trois scènes de la Passion du Christ.Miraflores 04Nous avons franchi la porte du choeur des Frères, celle du choeur des Pères pour arriver enfin au choeur véritable du sanctuaire.

C'est un éblouissement gothique flamboyant ! Par quoi commencer ? Par la sépulture royale ?Miraflores 07Nous manquons de hauteur pour saisir toute la richesse de cette étoile allongée où reposent les gisants des deux souverains, côte à côte ou presque. Sculptés par Gil de Siloé les souverains sont accompagnés des évangélistes, de saints, et sur les côtés par la très célèbre Vierge allaitant, des figures de l'ancien testament,

Miraflores 11Miraflores 10les vertus théologales (foi, espérance et charité) et cardinales (courage, tempérance, courage et justice) et beaucoup d'autres, les niches latérales foisonnent de figures.

Il n'y a pas que les dimensions du retable gothique qui sont impressionnantes, il y a aussi toutes les scènes que Gil de Siloé y a réunies en une trentaine de tableaux peints par Diego de la Cruz !Miraflores 08Au centre de la grande roue des anges le Christ crucifié est soutenu, de part et d'autre des bras de la croix par Dieu le Père à gauche et le Saint Esprit à droite exceptionnellement représenté en tout jeune homme couronné ... Il y a trop de personnages et de scènes pour que je tente de les nommer. A l'entrée un livret est remis aux visiteurs pour les aider à reconnaître tout ce monde !Miraflores 06

Enfin Gil de Siloé a aussi réalisé les sculptures de la tombe de l'infant Alphonse, fils de Jean II et Isabelle de Portugal.

Un petit musée présente quelques pièces de grande valeur parmi lesquelles je préfère l'Annonciation de Pedro Berruguete (1450-1503).Miraflores 09Ce peintre castillan qui travailla en Flandres puis en Italie avant de revenir en Castille a su réunir toutes les influences novatrices recueillies au cours de ses voyages. Il  faut remarquer dans ce tableau sa maîtrise de la perspective, la qualité de la lumière et le soin apporté aux détails (vêtements, transparence du vase ...)

OK, tout ça c'est du gothique flamboyant, mais c'est intéressant aussi, non ?

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 07:50

Retuerta 00

¡ Notre voyage en Castille et León n'est pas fait que d'églises et de cloîtres romans, il y aussi les gothiques et les plateresque ! C'est vrai, mais je plaisante, maintenant je veux parler de nos brèves rencontres avec quelques personnes du pays.

Après avoir quitté Santo Domingo de Silos à plus de 20 heures (après le moment de spiritualité et de chants grégoriens que sont les vèpres des moines bénédictins) nous avons à peine parcouru une vingtaine de kilomètres de petite route dans une campagne boisée et vallonnée. Un peu au nord les collines deviennent des montagnes au sommets enneigés. Nous sommes encore à plus de 1000 mètres d'altitude, sur les flancs de la Sierra de la Demanda qui passe en de nombreux points les 2100 mètres.

Nous avons trouvé une esplanade derrière une église désaffectée, à l'écart du village de Retuerta, idéale pour la nuit.Retuerta 03

Alors que je préparais un grand plat de fraises (nous avons fait le marché ce matin, Camille et moi chacun de notre côté et n'avons pas pu résister à toutes ces fraises au doux parfum, nous sommes revenus tous les deux avec une cassette ! Nous allons maintenant devoir en manger pendant deux ou trois jours à tous les repas. Il y a pire !) une scène étrange a retenu mon attention.

En face de nous d'une motte noire s'élève un filet de fumée. Autour s'active un monsieur qui la surveille, donne une plaque ici, jette d'une pelletée de poussière noire là. Une petite fille l'observe et un chien de berger allemand veille sur son monde. A côté un tas de bois montre ses buches très bien rangée autour d'un piquet central.Retuerta 02Une documentation trouvée dans un office de tourisme nous avait informés des particularités de la région : maisons à pans de bois, production de charbon de bois ... Nous nous sommes arrêtés juste en face du chantier d'un charbonnier. Beaucoup plus intéressant que l'église désaffectée !

Les fraises reposent, le repas mijote, c'est le moment d'aller voir le charbonnier ! Depuis trois semaines que nous voyageons en Espagne nous pouvons assembler quelques mots, baragouiner (eh oui, je ne peux employer un autre mot pour nos phrases si mal conjuguées) assez pour échanger un peu et interroger les personnes que nous rencontrons.

Et encore une fois nous sommes très bien accueillis et le charbonnier répond à nos questions.

Ça s'appelle des charbonnières et non pas des mottes ces deux monticules.

Celle de gauche est déjà mise en combustion. Le piquet autour duquel les buches ont été rangées a été soigneusement retiré. L'espace ainsi dégagé sert de conduit pour introduire des braises au centre. Les évents creusés tout autour permettent la répartition de la combustion jusqu'à la périphérie de la charbonnière.

Le chabonnier doit la surveiller pendant toute la durée de l'opération qui peut durer plusieurs jours suivant la taille de la motte. La couleur et l'odeur de la fumée sont les renseignements qui lui permettent de suivre l'avancée et la qualité de la combustion. Au début la fumée est blanche, surtout composée de l'eau contenue dans le bois qui s'évapore. Puis des composants moins volatils se dégagent, l'oduer de la fumée devient alors acre. Il faut fermer des évents, en ouvrir d'autres pour que le bois se carbonise sans brûler ! Bizarre ? Le boi chauffé à l'abri de l'air évacue son eau, et il ne reste de solide que le carbone. Lorsque l'opération de carbonisation sera bien avancée il faudra boucher tous les évents. Le feu s'éteindra et le carbone refroidira pendant quelques heures ou quelques jours suivant le volume de la charbonnière.

Lorsque le travail autour de la première le lui permettra il recouvrira la seconde de cette terre noire, mélange du sol originel et de la poussière des nombreuses opérations menées depuis de longues années, et pendant le refroidissement de l'une démarrera la combustion de l'autre.

Retuerta 01Ce soir le temps est idéal pour que tout se passe bien pendant la nuit que nous lui souhaitons tranquille.

Quant à lui, il nous interroge sur notre voyage et est tout surpris que nous passions la nuit en face de lui, auprès de l'église.

Lorsque nous ouvrons nos fenêtres le lendemain, le charbonnier est au sommet de sa charbonnière qui fume beaucoup (c'est un escalier qu'il a construit sur la paroi). Il en a ouvert le sommet, circule autour, y travaille, la referme, redescend, fait le tour des évents, les active ...

Nous échangeons des grands signes et des sourires et nous le laissons à son travail pour partir vers Burgos.

Maintenant nos barbecues auront un goût un peu différent, et évoqueront ce monsieur plutôt jeune avec sa petite fille ravie d'avoir été ramenée à la maison par papa en mobylette hier soir !

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